LA PEINTRE OU L'OISEAU



Ma pauvre que je suis,
Sans un instant perdre, mais
Je finis toujours par tomber, 
Fracassée car si fragile et cassable
-Passable-
Sur l'établi de mes espoirs, 
Déboires d'une vie à vivre comme vous.

L'oiseau s'en fiche bien, 
Pour lui, le tracas de voler, 
N'est pas une injonction utopique,
Pour moi, c'est celui de créer
Étendre mes bras de bois, 
Faits de toile, pigments et ressentiments,
Voler et perdre pied...
Au sol, mes ailes accrochées
Aux talons, me font mille promesses, moi
N'ayant de cesse, 
Que de vouloir me hisser, 
M'extirper plutôt de ma condition d'
Ici-bas...

Est-ce mon tort de vivre ainsi, rêvant d'envol et de voyages en nuages
Car je suis bien consciente de mon âge, 
Mes idéaux ne passent pas le temps s'égrenant
L e n t e m e n t, 

Mes plumes d'oies ne sont là que pour crisser
Sur mon papier, 
Comme effrénées, 
De leur danse absolue, pour m'absoudre,
Ici un peu du côté de mes peines,
Et aussi là, du côté de mes creux-en-dedans, 
Et cachant leurs vides béants,
Entre les plis de la Nuit.

Je danse ainsi avec le trait, 
Arête d'envies, de vies plus en vie,
Une marionnette en bois, jamais devenue petite enfant
Enchâssée de  béquilles roides et
Claquant des genoux, 
Membres plus à vous, qu'à moi
Mes cannes font tout pour me hausser
Mais terrassée je finis toujours par m'écraser.

Squelette jamais incarné
On me retrouva pour la dernière fois
Au flanc d'une colline
J'étais encore gamine
Mes bras tordus vers des airs 
plus incertains que naguère 
Que j'écoutais si bien, -je voulais vous rejoindre-
Pour une cavale bien ordonnée...
Si j'avais su 
Que bien des fois,
Jamais je n'aurais volé en campagne
Jamais plus que mes piètres sauts pour
Une vie de bagne pour une vie en sursaut,
Hoquetant mon rêve, 
Celui de l'Oiseau.

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