23-La soliloque aime les jeux de hasard





Je soliloque
Tu soliloques

Joute verbale, improvisation totale à deux, l’un soi, l’autre contre moi !
Tu m’enjoins :  -Parle !

Pile - Alors je prends la parole du geste, pas forcée comme quand j’avais la tête sous l’eau trop longtemps peinant à reprendre mon souffle au sortir, mais accueillie et appréciée, mon pouls s’accommodant de votre présence, malgré toutes les appréhensions qui m’étreignaient du fait que je n’avais guère confiance en premier lieu en ma personne. Ainsi je joue à la marelle, vous m’aviez enseignée cette merveille de jeu, j’aimais tant défier la chance, la saisir, et improviser mon premier rôle d’espiègle et d’enjouée ; le ciel de craie tracé sur le bitume est à portée de mon saut, je me penche pour ramasser furtivement le caillou. Puis me relève, le dos courbé par la peur de le faire ? C’est ainsi ? alors je me redresse et bien deux fois plus vite !!! Je joue, et rejoue ;

Face - J’ai bien oublié pourtant les règles du jeu ultime, votre regard- ce grand inquisiteur- a maintenant ses paupières cousues par mes soins, et que cela me fut si ardu, si vous saviez, le petit fil n’arrêtant pas de filer loin de mon aiguille. Et puis toute tremblante je m’échinais à colmater cette pupille fuyante ruisselante, celle de droite avide de formuler une remarque qui m’aurait abattue à coup sûr… puis celle de gauche sèche, pingre de toute sollicitude, d’explications c’est celle que je redoutais le plus au fond, car toujours me condamnant à des questionnements ineffables, ne pouvant m’extirper de la torpeur qui m’aurait envahie, celle-ci accompagnant la sentence absurde, muette et misanthrope de votre œil souverain. 
Je m’appliquais à ma précieuse tâche, sachant à quel point mon salut dépendrait de mon protocole quasi obsessionnel-même-de-trop. Mon but, ne plus faire face une fois de plus à votre abîme de miroir et verre, mon reflet translucide et éteint, me disant trop de vous et de moi, et me donnant le vertige, ce trouble abyssal que je crains comme le pire des maux, plus encore que mon dernier souffle car celui-là ne ferait plus face à vos réponses, ou vos questionnements qui me coupent l’herbe à la Faux.

-N'ayez crainte il ne s'agit ni de moi ni de vous, j'aime à me jouer les tumultes d'un dé les déboires d'une pièce...

Commentaires